Chers confrères du secteur banque-assurance,
L’ACPR, le gendarme de notre secteur, a récemment dévoilé ses priorités de supervision pour l’année 2025. Ces orientations, que l’on pourrait comparer à une boussole dans la brume réglementaire, guident nos institutions vers une plus grande résilience et une gestion des risques renforcée. En tant qu’experts, vous comprenez la portée de ces directives. Elles ne sont pas de simples formalités, mais les fondations sur lesquelles nous bâtirons les stratégies de demain. Plongeons ensemble dans cette feuille de route, décortiquant chaque point crucial pour anticiper et s’adapter.
La digitalisation accélérée de nos opérations bancaires et assurantielles nous expose à un défi majeur : la cybercriminalité. L’ACPR place cette thématique au cœur de ses préoccupations, exhortant les bancassureurs à ériger des murs numériques robustes face aux menaces protéiformes. La surface d’attaque des institutions financières s’est considérablement élargie, et avec elle, la sophistication des attaques.
Renforcement des dispositifs de cybersécurité
Les attentes de l’ACPR sont claires : les entités doivent non seulement investir dans des solutions technologiques de pointe, mais aussi mettre en place des architectures de sécurité résilientes. Cela inclut des mesures de prévention (pare-feu, antivirus, détection d’intrusion), de détection (surveillance continue, analyse comportementale) et de réaction (plans de reprise d’activité, équipes d’intervention rapide). La collaboration avec des experts externes et le partage d’informations au sein de l’écosystème financier sont également encouragés pour une meilleure appréhension des menaces émergentes.
Gestion des risques liés aux prestataires de services informatiques
La dépendance croissante envers des prestataires tiers pour l’hébergement de données, le développement d’applications ou la gestion d’infrastructures informatiques est une source de risque significative. L’ACPR insiste sur une Due Diligence approfondie de ces partenaires, évaluant leur propre niveau de cybersécurité, leur résilience opérationnelle et leur conformité aux réglementations. Des clauses contractuelles robustes et des audits réguliers des prestataires sont devenus des impératifs. Il s’agit de s’assurer que le maillon le plus faible de notre chaîne numérique ne devienne pas la porte d’entrée des cybercriminels.
Sensibilisation et formation du personnel
Le facteur humain reste la première ligne de défense, et souvent le maillon le plus vulnérable. L’ACPR souligne l’importance de programmes de sensibilisation et de formation réguliers pour l’ensemble du personnel. Cela doit couvrir les bonnes pratiques en matière de sécurité informatique, la reconnaissance des tentatives de phishing, l’utilisation sécurisée des outils numériques et la procédure à suivre en cas d’incident. Une culture de la cybersécurité doit imprégner chaque strate de l’organisation.
Résilience opérationnelle en cas de cyberattaque
Au-delà de la prévention, la capacité d’une institution à maintenir ses services essentiels et à se rétablir rapidement après une cyberattaque est cruciale. L’ACPR attend des bancassureurs qu’ils disposent de plans de continuité d’activité (PCA) et de reprise après sinistre (PRA) régulièrement testés et mis à jour, incluant des scénarios de cyberattaques complexes et de grande ampleur. Des exercices de simulation réalistes, impliquant l’ensemble des parties prenantes, sont jugés indispensables.
Les risques liés au changement climatique et à la transition énergétique : le virage vert de la réglementation
Le changement climatique n’est plus une menace lointaine, mais une réalité qui impacte directement nos bilans. L’ACPR, en ligne avec les directives européennes, intensifie sa surveillance sur la manière dont les bancassureurs intègrent ces risques dans leurs stratégies, leur gouvernance et leurs modèles financiers. C’est une mue structurelle qui nous est demandée, un passage du statut d’assureur de risques traditionnels à celui d’acteur de la transition.
Intégration des risques climatiques dans la gouvernance et la stratégie
L’ACPR attend que la gouvernance intègre pleinement les risques et opportunités liés au changement climatique. Cela signifie une implication du conseil d’administration et de la direction générale dans la définition de stratégies climatiques, l’allocation de ressources et la fixation d’objectifs quantifiables. Les stratégies doivent identifier les expositions aux risques physiques (événements météorologiques extrêmes) et de transition (changement de modèle économique, évolutions réglementaires), et définir les actions d’atténuation et d’adaptation.
Évaluation et gestion des risques physiques et de transition
Les bancassureurs doivent développer des méthodologies robustes pour évaluer l’impact financier de ces risques. Pour les risques physiques, cela implique des analyses de scénarios sur les portefeuilles d’actifs et de prêts, en considérant les projections climatiques. Pour les risques de transition, il s’agit d’évaluer l’impact des politiques carbone, des innovations technologiques ou des changements de préférences des consommateurs sur les secteurs d’activité et les contreparties financées ou assurées. La gestion de ces risques doit être intégrée aux cadres existants de gestion des risques (ORSA pour l’assurance, dispositif global de gestion des risques pour les banques).
Transparence et reporting extra-financier
L’exigence de transparence est grandissante. L’ACPR se concentre sur la qualité et la pertinence des informations publiées par les institutions concernant leur exposition aux risques climatiques et leur contribution à la transition énergétique. Les rapports doivent être conformes aux standards internationaux (TCFD notamment) et fournir des données quantifiables et comparables. Il ne suffit plus de déclarer une intention, il faut démontrer l’action et ses résultats. C’est une question de crédibilité et de confiance pour nos parties prenantes.
Stress tests climatiques
L’ACPR va continuer à mener des exercices de stress tests climatiques, invitant les institutions à se préparer à des scénarios économiques et climatiques extrêmes. Ces exercices sont de véritables diagnostics de la résilience de nos modèles d’affaires face à des chocs climatiques. Ils permettent d’identifier les vulnérabilités et d’orienter les stratégies d’adaptation et de mitigation. Il convient donc de ne pas les percevoir comme un simple exercice de style, mais comme un outil précieux d’aide à la décision.
La lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT) : une exigence constante
La LCB-FT demeure un pilier fondamental de la supervision de l’ACPR. Dans un contexte de durcissement réglementaire international et de complexification des schémas de blanchiment, les attentes envers les bancassureurs sont toujours plus élevées. Nos institutions sont les sentinelles de l’intégrité financière.
Renforcement des dispositifs de connaissance client (KYC)
La connaissance du client (Know Your Customer ou KYC) est la pierre angulaire de tout dispositif LCB-FT efficace. L’ACPR insiste sur la nécessité de processus KYC robustes, de la phase d’entrée en relation à la mise à jour régulière des informations. Cela inclut une vérification approfondie de l’identité des clients, l’identification des bénéficiaires effectifs, l’évaluation du profil de risque et la collecte d’informations sur l’objet et la nature de la relation d’affaires. L’utilisation de technologies innovantes (ID numérique, intelligence artificielle) peut aider à améliorer l’efficacité de ces processus tout en garantissant la conformité.
Amélioration des systèmes de détection et d’analyse des opérations suspectes
Les systèmes de surveillance transactionnelle doivent être régulièrement calibrés et mis à jour pour détecter les comportements anormaux, les transactions atypiques ou les signaux faibles pouvant révéler des opérations de blanchiment ou de financement du terrorisme. L’ACPR attend une optimisation des algorithmes, une réduction des “fausses alertes” et une analyse approfondie des cas identifiés par des équipes dédiées et formées. La capacité à remonter rapidement les déclarations de soupçon à Tracfin est un indicateur clé de performance.
Formation et sensibilisation du personnel
Comme pour la cybersécurité, le facteur humain est déterminant en matière de LCB-FT. L’ACPR maintient l’exigence de programmes de formation continue pour l’ensemble du personnel concerné, en particulier pour ceux en contact direct avec les clients et ceux impliqués dans le traitement des opérations. La compréhension des réglementations en vigueur, la reconnaissance des typologies de blanchiment et la procédure de remontée des informations sont des aspects essentiels de cette formation.
Coopération et partage d’informations
La lutte contre la criminalité financière est une bataille collective. L’ACPR encourage la coopération entre les institutions financières, ainsi qu’avec les autorités judiciaires et les agences de renseignement. L’échange d’informations pertinentes, dans le respect des règles sur la protection des données, est crucial pour débusquer les réseaux criminels.
La protection de la clientèle : au cœur des préoccupations de l’ACPR
La confiance est la monnaie de notre secteur. L’ACPR réaffirme son engagement à assurer la protection des clients, en particulier dans un environnement de plus en plus numérisé et complexe. Il s’agit de garantir une information transparente, des pratiques commerciales saines et des mécanismes de recours efficaces.
Transparence et clarté de l’information
Les clients doivent pouvoir prendre des décisions éclairées. L’ACPR exige une information claire, compréhensible et non trompeuse sur les produits et services financiers, leurs coûts, leurs risques et leurs conditions. Cela concerne aussi bien les documents précontractuels que contractuels, ainsi que toute communication marketing. L’accent est mis sur la simplicité du langage et l’absence de jargon technique excessif. Les produits complexes doivent faire l’objet d’une vigilance particulière.
Adéquation des produits et services aux besoins des clients
Le devoir de conseil est un principe fondamental. L’ACPR attend des bancassureurs qu’ils s’assurent de l’adéquation des produits et services proposés aux besoins, à la situation financière et aux objectifs de leurs clients. Cela implique des processus d’évaluation des besoins robustes et une traçabilité du conseil prodigué. Le risque de vente forcée ou de vente inappropriée sera particulièrement surveillé.
Traitement des réclamations et médiation
La gestion des réclamations est un baromètre de la satisfaction client et un indicateur de la qualité de service. L’ACPR exige des dispositifs de traitement des réclamations efficaces, transparents et rapides. Les clients doivent pouvoir déposer une réclamation facilement et recevoir une réponse motivée dans des délais raisonnables. Le recours à la médiation doit être systématiquement proposé en cas de litige persistant, comme solution alternative au contentieux judiciaire.
Lutte contre le surendettement et l’inclusion financière
L’ACPR porte une attention particulière aux populations les plus fragiles. Les bancassureurs sont encouragés à développer des pratiques commerciales responsables visant à prévenir le surendettement et à promouvoir l’inclusion financière. Cela peut se traduire par des offres adaptées, un accompagnement personnalisé et des partenariats avec les acteurs de l’action sociale.
La gestion des risques liés à la complexité des modèles internes : une exigence de robustesse
| Priorité de supervision | Description | Objectif | Indicateurs clés | Échéance |
|---|---|---|---|---|
| Gestion des risques opérationnels | Évaluation des processus internes et des contrôles pour limiter les risques opérationnels. | Renforcer la résilience des bancassureurs face aux incidents opérationnels. | Taux d’incidents signalés, temps moyen de résolution, conformité aux procédures. | 31/12/2025 |
| Conformité réglementaire | Vérification de l’application des normes ACPR et des réglementations européennes. | Assurer la conformité totale des activités bancassurance. | Nombre d’écarts détectés, plans d’action mis en place, suivi des recommandations. | 30/06/2025 |
| Protection des clients | Contrôle des pratiques commerciales et de la transparence des produits d’assurance. | Garantir la protection et l’information claire des clients. | Nombre de plaintes clients, taux de réclamations traitées, qualité des informations fournies. | 31/12/2025 |
| Solvabilité et gestion financière | Analyse de la solidité financière et de la gestion des fonds propres. | Maintenir un niveau de solvabilité conforme aux exigences réglementaires. | Ratio de solvabilité, fonds propres disponibles, stress tests réalisés. | 31/12/2025 |
| Transformation digitale | Évaluation des projets digitaux et de leur impact sur la gestion des risques. | Accompagner la digitalisation tout en maîtrisant les risques associés. | Nombre de projets digitaux, incidents liés à la cybersécurité, satisfaction client digitale. | 30/09/2025 |
Les bancassureurs, en particulier les plus grands, s’appuient sur des modèles internes sophistiqués pour évaluer leurs risques, calculer leurs exigences de capital et prendre des décisions stratégiques. L’ACPR continue de porter une attention particulière à la robustesse, à la pertinence et à la surveillance de ces outils complexes. C’est un peu comme s’assurer que notre machine à calculer hyper-sophistiquée ne se trompe pas dans ses estimations critiques.
Gouvernance et cadre de validation des modèles internes
L’ACPR exige une gouvernance solide autour des modèles internes. Cela implique une forte implication de la direction générale et du conseil d’administration dans la supervision du développement, de la validation, de la revue et de l’utilisation des modèles. Des politiques claires et des procédures formelles doivent encadrer chaque étape du cycle de vie du modèle, de sa conception à son déclassement. Une fonction de validation indépendante, dotée de ressources suffisantes et d’une expertise reconnue, est indispensable.
Robustesse et performance des modèles
Les modèles internes doivent être techniquement solides, conceptuellement sains et produire des résultats fiables. L’ACPR va approfondir son examen des hypothèses sous-jacentes, de la qualité des données d’entrée, de la méthodologie de calibration et des tests de robustesse (backtesting, stress testing). Les modèles doivent être capables de s’adapter aux changements de l’environnement économique et de marché. Toute limitation ou faiblesse doit être clairement identifiée et documentée.
Utilisation des modèles et “Use Test”
L’ACPR met l’accent sur le “Use Test”, c’est-à-dire la preuve que les modèles sont réellement utilisés dans les processus décisionnels de l’institution, et non pas uniquement pour des raisons réglementaires. Les résultats des modèles doivent être intégrés dans la gestion des risques, la fixation des limites, la tarification des produits et la stratégie globale de l’entreprise. Cette intégration garantit que les modèles sont des outils vivants et pertinents, et non de simples exercices théoriques.
Documentation et auditabilité
Une documentation complète et transparente de chaque modèle est essentielle. Elle doit permettre à un tiers indépendant de comprendre le fonctionnement du modèle, ses hypothèses, ses limitations et ses résultats. Les modèles doivent être auditables, c’est-à-dire que leur fonctionnement peut être vérifié et retracé. Cette exigence est cruciale pour la supervision et pour la confiance des parties prenantes.
En conclusion, ces priorités de supervision de l’ACPR pour 2025 sont bien plus qu’une simple liste de vérification. Elles sont le reflet des défis et des opportunités qui nous attendent. Elles nous engagent à un renforcement continu de nos dispositifs de gestion des risques, à une adaptation proactive aux évolutions technologiques et climatiques, et à une attention constante à la protection de nos clients. Pour les bancassureurs, il s’agit d’une feuille de route pour naviguer avec succès dans un paysage financier en constante évolution. Ceux qui anticiperont et intégreront ces exigences dans leur ADN stratégique seront les mieux préparés à relever les défis de demain et à forger la confiance durable de leurs parties prenantes. De notre capacité collective à transformer ces contraintes en leviers de performance dépendra la pérennité et la vitalité de notre secteur.

