Bonjour chers lecteurs, experts aguerris du secteur de l’assurance et de la banque,
L’EIOPA (Autorité Européenne des Assurances et des Pensions Professionnelles) a récemment dévoilé sa feuille de route stratégique pour 2026, un document essentiel qui trace les contours de la supervision des bancassureurs dans les années à venir. Cette feuille de route, fruit d’une analyse approfondie des évolutions du marché et des risques émergents, est d’une importance capitale pour comprendre les attentes du régulateur et anticiper les ajustements nécessaires au sein de vos organisations. Considérez-la comme la carte routière des prochaines années, indiquant les points de vigilance et les virages à prendre pour naviguer avec succès dans un paysage financier en constante mutation.
La stabilité financière reste la pierre angulaire de l’agenda de l’EIOPA. Dans un environnement macroéconomique incertain, marqué par des chocs successifs – pandémiques, géopolitiques, et inflationnistes – l’Autorité met l’accent sur la nécessité de renforcer la résilience des bancassureurs. Cette direction n’est pas nouvelle, mais son intensité et les instruments mobilisés le sont.
A. Évaluation des Risques Systémiques et Macroprudentiels
L’EIOPA approfondira son analyse des interconnexions entre les secteurs de l’assurance et de la banque, identifiant les vulnérabilités potentielles qui pourraient se propager d’un secteur à l’autre. Le modèle de la bancassurance, par sa nature même, génère des singularités en termes de risques systémiques.
- Tests de Stress Transversaux : Des scénarios de stress de plus en plus sophistiqués seront développés, intégrant les interactions entre les bilans bancaires et d’assurance. L’objectif est de mesurer la capacité des groupes bancassurance à absorber des chocs combinés, par exemple, une forte correction des marchés financiers conjuguée à une augmentation subite des taux d’intérêt, impactant à la fois les portefeuilles obligataires de l’assurance et le coût de financement des banques.
- Surveillance des Grandes Exposions : Une attention particulière sera portée aux grandes expositions des bancassureurs, que ce soit via des actifs spécifiques (immobilier, dette souveraine), des contreparties (grandes entreprises, autres institutions financières) ou des produits complexes. L’effet de levier et l’opacité de certains instruments financiers seront sous la loupe.
- Interdépendances Opérationnelles : Au-delà des bilans, les interdépendances opérationnelles (partage d’infrastructures informatiques, dépendance à des prestataires de services communs) seront scrutées, car elles peuvent être des vecteurs de propagation de risques.
B. Gouvernance et Gestion des Risques Opérationnels
Les cyber-risques et l’intégrité des systèmes informatiques sont désormais des préoccupations majeures. La pandémie a accéléré la digitalisation, augmentant la surface d’attaque pour les acteurs malveillants.
- Directive DORA (Digital Operational Resilience Act) : L’EIOPA veillera à l’implémentation effective de DORA, qui harmonise les exigences en matière de résilience opérationnelle numérique pour le secteur financier. Cela implique une cartographie précise des risques cyber, la mise en place de politiques de gestion des incidents, des tests de résilience réguliers et la gestion des risques liés aux prestataires de services tiers. Mesdames et Messieurs, DORA n’est pas une simple formalité réglementaire ; c’est un bouclier indispensable face à une menace grandissante.
- Continuité des Activités : Les plans de continuité des activités (PCA) et de reprise après sinistre (PRA) devront être régulièrement testés et adaptés aux nouvelles menaces, y compris celles issues de la dégradation des services de fournisseurs externes.
- Externalisation : La supervision des activités externalisées sera renforcée, en particulier celles considérées comme critiques. Les bancassureurs devront démontrer une maîtrise proactive des risques liés à leurs tiers prestataires.
II. Protection des Consommateurs et Durabilité
La feuille de route met un accent considérable sur la protection des consommateurs et l’intégration des facteurs de durabilité, qui sont désormais indissociables des objectifs de stabilité financière.
A. Renforcement de la Surveillance des Pratiques Commerciales
L’EIOPA continue de veiller à ce que les produits d’assurance distribués via le réseau bancaire soient adaptés aux besoins des consommateurs et que les pratiques commerciales soient transparentes et équitables.
- Bonnes Pratiques de Distribution : L’Autorité accentuera sa vigilance sur la conformité aux directives IDD (Insurance Distribution Directive) et MiFID II (Markets in Financial Instruments Directive) pour les produits d’investissement en assurance. Les conflits d’intérêts potentiels liés à la rémunération des distributeurs internes (banquiers) seront examinés.
- Information Précontractuelle et Post-Contractuelle : La clarté et l’intelligibilité des informations fournies aux clients, notamment concernant les caractéristiques des produits, les frais, et les risques associés, seront au cœur de la surveillance. L’idée est d’éradiquer l’asymétrie d’information qui peut défavoriser le consommateur.
- Traitement des Plaintes : Les processus de traitement des plaintes des consommateurs devront être robustes, efficaces et transparents, avec une analyse proactive des causes profondes pour remédier aux problèmes systémiques.
B. Intégration des Facteurs ESG dans la Supervision
Les risques et opportunités liés aux facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) sont désormais au cœur des préoccupations prudentielles.
- Risques Climatiques et Environnementaux : L’EIOPA attend des bancassureurs une intégration exhaustive des risques climatiques dans leur gestion des risques, leur stratégie et leurs processus de prise de décision.
- Scénarios de Stress Climatique : Des exercices de stress test spécifiques au climat identifieront les vulnérabilités de leurs portefeuilles d’investissement et de leurs passifs d’assurance face à différents scénarios de transition et de risques physiques. La question n’est plus “si” mais “comment” ces chocs se matérialiseront.
- Transparence et Reporting ESG : La conformité aux exigences de reporting telles que SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) et CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) sera surveillée. Les données publiées doivent être fiables, comparables et permettre une évaluation juste de l’engagement ESG.
- Intégration ESG dans les Modèles d’Affaires : Les bancassureurs devront démontrer comment les considérations ESG sont incorporées dans l’ensemble de leur chaîne de valeur, de la conception des produits à la gestion des actifs. Le “greenwashing” sera combattu avec fermeté.
III. Digitalisation et Innovation : Une Supervision Agile
L’innovation technologique transforme en profondeur le secteur financier. L’EIOPA reconnaît ce potentiel, tout en veillant à maîtriser les risques associés.
A. Supervision des Nouvelles Technologies
Les avancées en matière d’intelligence artificielle (IA), de distributed ledger technology (DLT) et de big data appellent à une adaptation de l’approche prudentielle.
- Utilisation Responsable de l’IA : Les modèles d’IA utilisés dans l’évaluation des risques, la tarification, la détection des fraudes ou la personnalisation des offres devront être transparents, explicables et équitables, sans discrimination. L’EIOPA mettra en place des lignes directrices pour encadrer ces aspects.
- Cyber-résilience et DLT : L’évaluation de la sécurité et de la robustesse des solutions DLT (blockchain) utilisées, par exemple, pour l’émission de polices ou la gestion des sinistres sera cruciale.
- Big Data et Protection des Données : L’exploitation des données massives doit s’inscrire dans le respect strict des réglementations sur la protection des données (RGPD en particulier), avec une attention particulière à la gouvernance des données.
B. Bancassurance 2.0 et Nouveaux Modèles d’Affaires
L’émergence de nouveaux acteurs et de partenariats technologiques redéfinit les frontières traditionnelles.
- Surveillance des FinTech et InsurTech : L’EIOPA étudiera les modèles d’affaires des FinTech et InsurTech opérant dans le domaine de la bancassurance, évaluant leur impact sur la concurrence, la protection des consommateurs et la stabilité financière.
- Partenariats Stratégiques : Les partenariats entre banques, assureurs et entreprises technologiques (GAFA, par exemple) seront examinés sous l’angle de la concentration des risques, de la gouvernance et de la dépendance. Ces alliances peuvent être des accélérateurs de valeur, mais aussi des réservoirs de nouveaux risques.
- Autorisation et Supervision des Activités Transfrontalières : La complexité croissante des services financiers transfrontaliers, facilitée par le numérique, demandera une coordination accrue entre les autorités de supervision nationales et européennes.
IV. Amélioration de la Qualité et de la Comparabilité des Données

Pour une supervision efficace, la qualité et la comparabilité des données sont impératives. C’est le carburant qui alimente le moteur de la surveillance prudentielle.
A. Harmonisation des Reporting Prudentiels
L’EIOPA poursuivra ses efforts pour standardiser les reporting prudentiels, en particulier pour les groupes bancassurance.
- Solvabilité II : Le cadre de Solvabilité II, bien qu’établi, fait l’objet d’une révision continue. L’EIOPA précisera ses attentes concernant l’application des ajustements, la gestion des actifs et passifs, et l’évaluation des fonds propres pour les entités sous forme de groupes.
- Reporting ESG Intégré : Le recueil des données ESG sera affiné pour permettre une analyse plus granulaire et comparative des performances et des risques de durabilité. Les indicateurs clés de performance (KPI) ESG devront faire l’objet d’une harmonisation pour éviter le “greenwashing” de données.
- Données Qualité et Fiabilité : Les bancassureurs devront investir dans leurs systèmes d’information pour garantir la collecte, le traitement et la transmission de données précises, fiables et complètes. Des contrôles de qualité internes rigoureux seront attendus.
B. Analyse des Données et Outils Supervisoires
L’exploitation des vastes volumes de données disponibles sera une priorité pour l’EIOPA.
- Approches “Data-Driven Supervision” : L’Autorité développera ses capacités d’analyse de données pour identifier plus rapidement les signaux faibles, les tendances émergentes et les risques potentiels. L’analytique prédictive sera sans doute un axe de développement majeur.
- Intelligence Artificielle (IA) pour la Supervision : L’EIOPA explorera l’utilisation de l’IA pour automatiser certaines tâches de conformité, améliorer l’efficacité des audits et détecter les schémas anormaux dans les données de reporting.
- Collaboration et Partage de Données : Une collaboration étroite avec les autorités bancaires (BCE, EBA) sera essentielle pour une vision consolidée des risques au sein des groupes bancassurance, nécessitant des protocoles robustes de partage d’informations.
V. Coopération Internationale et Convergeance Supervisoire
| Priorité de supervision | Description | Objectif 2026 | Indicateurs clés | Responsable |
|---|---|---|---|---|
| Gestion des risques liés aux produits bancassurance | Renforcer la surveillance des risques associés aux produits combinant services bancaires et assurance. | Assurer la transparence et la protection des consommateurs | Taux de conformité des produits, nombre de plaintes clients | EIOPA, Autorités nationales |
| Digitalisation et innovation | Superviser l’impact des nouvelles technologies sur les offres bancassurance. | Garantir la sécurité des données et la fiabilité des services digitaux | Nombre d’incidents de cybersécurité, taux d’adoption des solutions digitales | EIOPA, Fournisseurs technologiques |
| Solvabilité et capital | Veiller à la solidité financière des bancassureurs face aux risques émergents. | Maintenir un niveau de capital adéquat conforme aux exigences réglementaires | Ratio de solvabilité, stress tests réalisés | EIOPA, Institutions financières |
| Protection des consommateurs | Améliorer les pratiques commerciales et la communication envers les clients. | Réduire les litiges et améliorer la satisfaction client | Indice de satisfaction client, nombre de litiges traités | EIOPA, Associations de consommateurs |
| Durabilité et risques climatiques | Intégrer les critères ESG dans la supervision des bancassureurs. | Promouvoir des pratiques responsables et durables | Pourcentage d’investissements durables, rapports ESG publiés | EIOPA, Bancassureurs |
Dans un monde globalisé, la coopération transfrontalière des régulateurs est fondamentale pour une supervision efficace.
A. Coopération avec les Autorités Nationales et Européennes
L’EIOPA, en tant qu’autorité supranationale, dépend de la bonne exécution de sa feuille de route par les autorités de supervision nationales (ASN).
- Orientations et Recommandations : L’Autorité continuera à émettre des orientations et des recommandations pour promouvoir une approche cohérente de la supervision à travers l’UE. Ces documents ne sont pas de simples suggestions ; ils sont des jalons pour l’harmonisation.
- Collèges de Superviseurs : Le rôle des collèges de superviseurs pour les groupes transfrontaliers sera renforcé, facilitant l’échange d’informations et la prise de décisions concertées.
- Suivi de la Convergence : L’EIOPA évaluera régulièrement le degré de convergence des pratiques de supervision nationales par rapport à ses propres directives et recommandations. Les divergences injustifiées seront pointées du doigt.
B. Dialogue avec les Acteurs du Marché et Internationaux
Un dialogue ouvert et constructif avec les acteurs du marché est essentiel pour une régulation pragmatique.
- Consultations Publiques : L’EIOPA continuera à organiser des consultations publiques sur ses projets de lignes directrices et de normes techniques, permettant aux professionnels du secteur de partager leur expertise et leurs retours.
- Engagement avec les Forums Internationaux : L’Autorité participera activement aux discussions au sein des forums internationaux (IAIS, FSB) pour contribuer à l’élaboration de normes mondiales et favoriser une approche coordonnée des défis transfrontaliers. Les bancassureurs, par leur nature duale, sont particulièrement concernés par cette dimension internationale.
- Compréhension des Modèles d’Affaires : Un effort sera fait pour mieux comprendre la spécificité des modèles d’affaires des bancassureurs, qui ne sont ni purement bancaires, ni purement assurantiels, et adapter la supervision en conséquence. L’EIOPA reconnaît la nécessité d’une granularité dans son approche.
En conclusion, la feuille de route 2026 de l’EIOPA dessine un paysage prudentiel exigeant mais nécessaire. Elle met l’accent sur une vision holistique de la supervision, intégrant les risques traditionnels aux défis émergents tels que le climat, la cyber-sécurité et l’innovation numérique. Pour vous, professionnels de la bancassurance, cette feuille de route n’est pas un obstacle bureaucratique, mais plutôt une boussole. Elle vous indique la direction à suivre pour renforcer la résilience de vos organisations, protéger les consommateurs et naviguer avec succès dans un écosystème financier en constante évolution. Le succès résidera dans votre capacité à transformer ces exigences en opportunités stratégiques. La vigilance est de mise, mais l’adaptation proactive sera votre plus grand atout.


