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Articles et analyses

Conseil assurance

9 min de lecture

Feux de forêt : Retour d’expérience 2026 sur l’impact portefeuille, réassurance et Solvabilité II

Le réchauffement climatique et ses corollaires, tels que l’intensification et la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes, ont durablement transformé le paysage des risques assurables. Parmi ces risques, les feux de forêt se sont imposés...

Photo Forest fires
01 Comprendre le cadre

Repérer les obligations, les risques et les points d’attention métier.

02 Relier les équipes

Faire le lien entre conformité, opérations, data, SI et expérience client.

03 Passer à l’action

Identifier les chantiers où un renfort assurance peut sécuriser l’exécution.

Le réchauffement climatique et ses corollaires, tels que l’intensification et la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes, ont durablement transformé le paysage des risques assurables. Parmi ces risques, les feux de forêt se sont imposés comme une préoccupation majeure pour le secteur de l’assurance et de la réassurance. Le retour d’expérience 2026, analysant les événements de l’année précédente, offre une perspective froide et quantitative sur leur impact réel et modélisé, en particulier sur l’équilibre des portefeuilles, la résilience des programmes de réassurance et les exigences de capital sous Solvabilité II.

I. Contexte climatique et évolution du risque feu de forêt

Les années récentes ont marqué un tournant dans la perception et la matérialisation du risque incendie. Les épisodes de sécheresse prolongée, les canicules répétées et la déforestation progressive, combinés à des pratiques d’aménagement du territoire parfois insuffisantes, ont créé une matrice propice à des incendies d’une ampleur inédite.

A. Accélération et intensification des phénomènes

L’année 2025 s’est distinguée par une saison des feux particulièrement virulente, non seulement en France métropolitaine – où les régions méditerranéennes et du Sud-Ouest ont été durement touchées – mais aussi à l’échelle mondiale. Des pays comme le Canada, la Grèce, l’Espagne et l’Australie ont enregistré des superficies brûlées records, perturbant globalement les marchés de l’assurance et de la réassurance. Cette intensification n’est plus une aberration statistique, mais une tendance structurelle que les modèles doivent désormais intégrer.

B. Facteurs aggravants structurels

Au-delà des conditions météorologiques, plusieurs facteurs structurels continuent d’aggraver le risque. L’interface habitat-forêt (IHF), où cohabitent zones urbanisées et massifs forestiers, s’étend continuellement. Cette expansion accroît la vulnérabilité des habitations et des infrastructures, augmentant mécaniquement le coût social et économique des sinistres. De surcroît, le manque d’entretien des forêts, la prolifération de la biomasse combustible et la difficulté à mettre en œuvre des mesures de prévention à grande échelle constituent des défis persistants.

C. Évolution de la perception du risque

Il est notoire que la perception du risque par le grand public et les décideurs politiques a évolué. Les campagnes de sensibilisation, les rapports scientifiques et la médiatisation des événements ont mis en lumière l’urgence d’adapter les comportements et les politiques. Pour le secteur des assurances, cela se traduit par une demande croissante d’analyses prédictives et de solutions d’assurance innovantes, mais aussi par une vigilance accrue des régulateurs face à la capacité des entreprises à absorber ces chocs.

II. Impact sur le portefeuille d’assurance : une érosion du rendement technique

Les feux de forêt de 2025 ont généré une charge sinistre significative, testant la résilience des portefeuilles d’assurance habitation, d’assurance des biens professionnels et agricoles. Le retour d’expérience 2026 met en lumière une dégradation sensible des ratios sinistres/primes.

A. Sinistralité directe et indirecte

La sinistralité directe, c’est-à-dire les dommages causés par les incendies aux biens assurés (habitations, véhicules, infrastructures agricoles et industrielles), a été la principale contributrice à la charge. Les estimations initiales, souvent sous-évaluées, ont été révisées à la hausse à mesure que l’étendue des dégâts et le coût de la reconstruction se précisient.

La sinistralité indirecte, bien que plus complexe à quantifier, n’est pas négligeable. Elle inclut :

  • Les pertes d’exploitation pour les entreprises touchées (hôtellerie, agriculture, sylviculture).
  • Les coûts de relogement et de soutien psychologique pour les sinistrés.
  • L’impact sur la chaîne d’approvisionnement et les activités économiques régionales.

Ces éléments, bien que souvent couverts par des garanties spécifiques, exercent une pression supplémentaire sur les marges techniques et nécessitent une sophistication accrue des modèles de projection.

B. Révision des primes et des garanties

Face à cette sinistralité accrue, une révision des conditions tarifaires et des couvertures est inévitable. Plusieurs assureurs ont d’ores et déjà annoncé des augmentations de primes pour les zones les plus exposées, accompagnées parfois d’une réévaluation des franchises. On observe également une tendance à durcir les exigences en matière de prévention pour les assurés situés en zones à risque, à l’image des débroussaillements obligatoires.

C. L’épée de Damoclès de la mutualisation

La mutualisation, pilier fondamental de l’assurance, est mise à l’épreuve. Si le concept de solidarité entre assurés est salvateur, la concentration et la récurrence des sinistres dans certaines zones interrogent sur l’équilibre à trouver entre l’accessibilité de l’assurance et sa pérennité économique. Le marché doit naviguer entre la nécessité de couvrir les risques et le risque d’antisélection, où seuls les assurés à faible risque contribuent, laissant les zones à haut risque à la charge de la mutualité collective ou de l’État.

III. Stratégies de réassurance : un marché en durcissement

La réassurance, filet de sécurité des assureurs, a été fortement sollicitée en 2025. Le retour d’expérience 2026 indique un durcissement manifeste des conditions de marché, influencé par une convergence de facteurs.

A. Baisse de la capacité et augmentation des tarifs

Le marché de la réassurance, déjà sous tension suite aux événements climatiques des années précédentes (inondations, tempêtes), a vu sa capacité se contracter. Les réassureurs, confrontés à une accumulation de pertes et à une volatilité accrue des risques, ont réagi en limitant leur offre pour les risques dits “catastrophe naturelle” (Cat Nat) et en augmentant significativement leurs tarifs. Les retours sur investissement ajustés au risque sont devenus une métrique essentielle pour les réassureurs.

B. Évolution des programmes et des rétentions

Les programmes de réassurance ont dû être adaptés. Les assureurs ont été contraints d’augmenter leur rétention propre (la part du risque qu’ils conservent à leur charge) face à l’indisponibilité ou au coût prohibitif de certaines couches de réassurance. Cette augmentation des rétentions a un impact direct sur la volatilité des résultats des assureurs et, par conséquent, sur leurs exigences en capital. Les traités proportionnels ont été revus, et les traités non proportionnels (comme les traités en excès de pertes) ont vu leurs franchises et plafonds ajustés.

C. Montée en puissance des solutions alternatives

Dans ce contexte de marché durci, les solutions alternatives de transfert de risque, telles que les Obligations Catastrophe (Cat Bonds) et les véhicules de titrisation, ont gagné en attractivité. Elles offrent une source de capital supplémentaire aux assureurs, permettant de transférer une partie des risques aux marchés financiers. Le rapport 2026 souligne une augmentation des émissions de Cat Bonds pour couvrir spécifiquement le risque incendie, notamment dans les zones où les réassureurs traditionnels se montrent plus frileux. Ces instruments, bien que plus complexes, permettent une diversification des sources de protection.

IV. Solvabilité II : le stress-test grandeur nature

L’année 2025 a constitué un véritable stress-test pour les modèles internes et la calibration du SCR (Solvency Capital Requirement) des assureurs sous le régime Solvabilité II. Le rapport 2026 révèle des ajustements nécessaires et des leçons cruciales.

A. Impact sur le SCR et la volatilité du capital

La charge sinistre liée aux feux de forêt a directement impacté le SCR des entreprises, en particulier la composante “risque de catastrophe naturelle”. Pour les assureurs ayant des expositions significatives dans les zones sinistrées, la volatilité de leurs fonds propres éligibles a été accentuée, créant une pression sur leurs indicateurs de solvabilité. Ceux disposant de modèles internes précis pour le risque incendie ont pu mieux anticiper et gérer ces chocs, tandis que d’autres, s’appuyant davantage sur la formule standard, ont pu subir un effet de surprise plus marqué.

B. Remise en question des hypothèses modèles

Les modèles internes de catastrophe naturelle, calibrés sur des données historiques, ont montré leurs limites face à l’évolution rapide du risque. Le retour d’expérience 2026 met en évidence la nécessité de :

  • Intégrer les effets du changement climatique de manière plus dynamique : Les hypothèses de stationnarité des séries historiques ne sont plus valables. Les modèles doivent évoluer vers une approche non stationnaire, intégrant des scénarios climatiques futurs.
  • Affiner la granularité des données d’exposition : Une meilleure connaissance de l’IHF, des types de végétation, de la topographie et des mesures de prévention locales est indispensable pour une modélisation précise du risque.
  • Prendre en compte les risques interconnectés : Les feux de forêt ne sont pas isolés. Ils sont souvent précédés par des sécheresses, qui peuvent elles-mêmes affecter d’autres lignes de produits (par exemple, l’assurance récolte).

C. Renforcement de la gestion des risques et de l’ORSA

Le rapport 2026 insiste sur le renforcement du processus ORSA (Own Risk and Solvency Assessment). Les événements de 2025 ont démontré l’importance d’une analyse proactive des risques émergents et d’une réévaluation régulière de la stratégie de gestion des risques. Les régulateurs attendent des assureurs une meilleure anticipation des scénarios extrêmes, y compris ceux qui ne se sont pas encore matérialisés, et une capacité à démontrer leur résilience. L’ORSA doit devenir un véritable phare pour la direction, orientant les décisions stratégiques face à l’horizon des risques.

V. Leçons et perspectives d’avenir pour l’industrie

Les feux de forêt de 2025 ont servi de catalyseur, accélérant la prise de conscience et la mise en œuvre de changements profonds au sein de l’industrie de l’assurance et de la réassurance. Le rapport 2026 dégage plusieurs pistes d’action.

A. Intensification de la prévention et de la résilience

L’heure n’est plus seulement à l’indemnisation, mais à la prévention active et au renforcement de la résilience. Les assureurs sont appelés à jouer un rôle plus proactif dans la promotion des mesures de prévention auprès de leurs assurés (débroussaillement, matériaux de construction résistants au feu, plans d’évacuation). Cela passe par des incitations financières (réductions de primes) et par des partenariats avec les collectivités locales et les sapeurs-pompiers. Investir dans la prévention, c’est investir dans la réduction de la sinistralité future.

B. Innovation et adaptation des produits

L’industrie doit innover pour s’adapter aux nouveaux profils de risque. Cela implique le développement de garanties spécifiques aux feux de forêt, une modularité accrue des contrats d’assurance et l’intégration de services de conseil en prévention. L’utilisation des technologies (télédétection par satellite, drones, intelligence artificielle) pour la détection précoce des feux et l’évaluation rapide des dommages est également un axe de développement majeur. La paramétrique, où l’indemnisation est déclenchée par un indice objectif (superficie brûlée, intensité du feu), offre également des perspectives intéressantes pour des indemnités rapides.

C. Collaboration public-privé et rôle de la donnée

Le défi des feux de forêt dépasse la seule capacité du secteur privé. Une collaboration renforcée entre assureurs, réassureurs, autorités publiques, scientifiques et gestionnaires de forêts est indispensable. Le partage de données précises et l’expertise locale sont les piliers de cette collaboration. Les assureurs, par la richesse de leurs bases de données sinistres et d’exposition, détiennent une mine d’informations qui, combinée aux données publiques climatiques et géographiques, peut éclairer les politiques de prévention et d’aménagement du territoire. C’est en mutualisant les intelligences que des solutions durables pourront être élaborées.

En conclusion, le retour d’expérience 2026 sur les feux de forêt n’est pas qu’un simple bilan chiffré. C’est un miroir tendu à l’industrie, révélant ses vulnérabilités mais aussi ses opportunités de transformation. L’impact sur les portefeuilles, la réassurance et Solvabilité II est un signal clair : l’adaptation n’est plus une option, mais une impérieuse nécessité. Le climat a mis l’assurance au défi, et il appartient aux acteurs du marché de répondre avec audace, inventivité et une vision à long terme.

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Une lecture pensée pour les équipes assurance

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La valeur de l’article se joue dans la mise en œuvre : prioriser les irritants, cadrer les preuves attendues et donner aux équipes un pilotage simple à suivre.