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Articles et analyses

Conseil assurance

12 min de lecture

Taxonomie européenne : Analyse 2025 pour les groupes d’assurance

Chers lecteurs, Le paysage réglementaire européen continue son évolution, et la Taxonomie n'est plus une initiative lointaine mais une réalité palpante, particulièrement pour les groupes d'assurance. Alors que l'année 2024 marque la première année...

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01 Comprendre le cadre

Repérer les obligations, les risques et les points d’attention métier.

02 Relier les équipes

Faire le lien entre conformité, opérations, data, SI et expérience client.

03 Passer à l’action

Identifier les chantiers où un renfort assurance peut sécuriser l’exécution.

Chers lecteurs,

Le paysage réglementaire européen continue son évolution, et la Taxonomie n’est plus une initiative lointaine mais une réalité palpante, particulièrement pour les groupes d’assurance. Alors que l’année 2024 marque la première année complète de reporting pour l’ensemble des activités éligibles, notre regard se porte déjà vers les exigences de 2025, qui promettent d’intensifier la pression sur l’intégration des critères ESG. Cet article se propose d’analyser les implications actuelles et futures de la Taxonomie européenne pour le secteur de l’assurance, en mettant en lumière les défis et les opportunités qui attendent nos institutions.

La Taxonomie européenne, au-delà d’être une simple classification, agit comme un puissant catalyseur, redéfinissant les contours de la durabilité dans la finance. Pour les groupes d’assurance, dont l’activité repose intrinsèquement sur la gestion des risques à long terme et la pérennité de leurs engagements, elle n’est pas une contrainte anecdotique, mais un élément structurel.

Genèse et Objectifs de la Taxonomie

La Taxonomie est née de la volonté de l’Union européenne de réorienter les capitaux vers des activités économiques durables, dans le cadre de son Pacte vert (“Green Deal”). Son objectif principal est de fournir un système de classification unifié et transparent pour les activités économiques qui contribuent de manière substantielle à six objectifs environnementaux :

  • L’atténuation du changement climatique
  • L’adaptation au changement climatique
  • L’utilisation durable et la protection des ressources aquatiques et marines
  • La transition vers une économie circulaire
  • La prévention et le contrôle de la pollution
  • La protection et la restauration de la biodiversité et des écosystèmes

Chaque activité doit non seulement contribuer à l’un de ces objectifs, mais aussi ne causer de préjudice significatif à aucun des autres objectifs (“Do No Significant Harm” – DNSH) et respecter des garanties minimales en matière de droits sociaux et de travail.

Applicabilité aux Groupes d’Assurance : Un Spectre Large mais Différencié

Pour les groupes d’assurance, l’applicabilité de la Taxonomie se manifeste à plusieurs niveaux :

  • Les activités de souscription : Bien que non directement couvertes par les activités éligibles de la Taxonomie, l’assurance peut jouer un rôle indirect majeur via l’incitation à des pratiques plus durables chez ses assurés (par exemple, des primes réduites pour des bâtiments plus isolés ou des véhicules électriques). La Commission européenne étudie d’ailleurs l’extension de la Taxonomie à certaines activités financières indirectes, ce qui pourrait impacter ce volet à l’avenir.
  • Les activités d’investissement : C’est ici que l’impact est le plus direct et le plus significatif. Les portefeuilles d’investissement des assureurs, qu’ils soient généraux ou d’assurance-vie, doivent être évalués au regard de leur alignement avec la Taxonomie. Cela inclut les actifs sous-jacents aux produits d’assurance liés à des investissements (unit-linked), les fonds propres, les placements techniques et autres réserves.
  • Les activités propres du groupe : Le reporting doit également couvrir les propres opérations du groupe, telles que l’immobilier détenu et utilisé, les flottes de véhicules, la consommation d’énergie des data centers, ou encore les processus d’achats durables. C’est l’aspect le plus “corporel” de la Taxonomie pour les assureurs.

Cette distinction est cruciale, car elle impose une granularité dans l’analyse de l’éligibilité et de l’alignement, comparables à un organisme dont il faudrait radiographier chaque organe séparément pour en comprendre la globalité.

L’Exercice 2025 : Une Montée en Puissance des Exigences et une Pression Accrue sur l’Alignement

L’année 2025 (portant sur l’exercice fiscal 2024) représente une étape charnière pour les groupes d’assurance. Après une année 2024 principalement axée sur l’éligibilité, c’est l’alignement qui prendra toute sa mesure.

Du Reporting d’Éligibilité au Reporting d’Alignement Complet

Pour rappel, l’année 2023 (exercice 2022) a majoritairement porté sur la déclaration de l’éligibilité des activités, c’est-à-dire la capacité d’une activité à être couverte par les critères techniques de sélection de la Taxonomie. L’année 2024 (exercice 2023) a marqué la première année de reporting complet sur l’alignement des activités éligibles pour les entreprises non financières, et l’exercice 2024 (reporting en 2025) l’étendra pleinement aux entreprises financières, dont les assureurs.

L’alignement implique une vérification bien plus approfondie :

  • Contribution substantielle : L’activité doit démontrer une contribution tangible à au moins un objectif environnemental.
  • DNSH (Do No Significant Harm) : L’activité ne doit pas causer de préjudice significatif aux autres objectifs environnementaux. Cela requiert une analyse multi-critères, souvent complexe à documenter.
  • Garanties minimales sociales : Le respect des normes internationales en matière de droits de l’homme et du travail est impératif.

Pour les assureurs, l’enjeu majeur en 2025 sera la capacité à collecter, analyser et consolider des données précises non seulement sur l’éligibilité de leurs investissements, mais surtout sur leur alignement complet. C’est un peu comme passer d’une simple reconnaissance des ingrédients dans une recette à une certification complète de la chaîne d’approvisionnement et du processus de fabrication de chaque ingrédient.

Les Objectifs Environnementaux en Point de Mire

Si historiquement, l’atténuation et l’adaptation au changement climatique ont été les premiers objectifs à être développés, 2025 verra une attention croissante portée aux quatre autres objectifs environnementaux, dont les critères techniques de sélection sont également désormais en vigueur : l’économie circulaire, l’eau, la pollution et la biodiversité.

  • Impact sur l’analyse des actifs : L’inclusion de ces objectifs élargit la portée de l’analyse des portefeuilles d’investissement. Un immeuble de bureaux, par exemple, devra être évalué non seulement sur son efficacité énergétique (atténuation), mais aussi sur sa gestion de l’eau, sa production de déchets, l’utilisation de matériaux recyclés et son impact sur la biodiversité locale.
  • Dépendance aux données des entreprises sous-jacentes : Les assureurs sont souvent des investisseurs indirects. Leur capacité à évaluer l’alignement de leurs investissements dépendra fortement de la qualité et de la disponibilité des données fournies par les entreprises dans lesquelles ils investissent. La “double matérialité” de la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) devrait progressivement améliorer cette disponibilité, mais des lacunes persisteront à court terme.

Cette extension des critères ajoute une couche de complexité, transformant l’analyse d’un simple filtre carbone en une toile réglementaire multi-dimensionnelle et imbriquée.

Défis Opérationnels et Stratégiques : Le Labyrinthe de la Donnée et de l’Intégration

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Les groupes d’assurance sont confrontés à une série de défis, allant de la granularité des données à la refonte des stratégies d’investissement et de distribution.

La Quête des Données : Précision, Complétude et Granularité

Le défi le plus prégnant est sans doute celui de la donnée. L’alignement Taxonomie exige une finesse d’information rarement atteinte jusqu’alors.

  • Transparence des portefeuilles : Pour les investissements directs, l’accès aux données est complexe. Pour les fonds gérés par des tiers, et notamment les fonds de fonds, la visibilité est encore plus opaque. Les assureurs doivent intensifier leurs dialogues avec les gérants d’actifs et les émetteurs pour obtenir les informations nécessaires sur l’éligibilité et l’alignement des activités sous-jacentes.
  • Systèmes d’information et outils : Des systèmes robustes sont nécessaires pour collecter, traiter, analyser et rapporter les données Taxonomie. Cela inclut le développement de nouvelles interfaces, l’intégration de bases de données ESG et la formation des équipes. L’investissement dans des solutions technologiques dédiées est désormais une nécessité.
  • Consolidation à l’échelle du groupe : Pour les groupes d’assurance internationaux, la consolidation des données Taxonomie de toutes les entités, avec des spécificités géographiques et des typologies d’actifs diverses, représente un défi considérable en termes d’harmonisation des méthodes et des reporting.

C’est une recherche archéologique à l’échelle industrielle, où chaque fait doit être extrait, nettoyé et assemblé avec d’autres pour former un tableau cohérent.

Intégration dans les Processus d’Investissement et de Gestion des Risques

Au-delà du reporting, la Taxonomie doit s’inscrire au cœur des processus de décision stratégiques.

  • Réorientation des allocations d’actifs : La Taxonomie incite les assureurs à privilégier les investissements alignés. Cela peut entraîner une réorientation significative des portefeuilles, en favorisant les secteurs à forte contribution environnementale (énergies renouvelables, bâtiment durable, transports propres) et en pénalisant les secteurs à forte externalité négative.
  • Nouveaux indicateurs de performance : L’alignement Taxonomie doit être intégré dans les critères de performance des gérants d’actifs internes et externes, ainsi que dans les analyses de risques.
  • “Greenwashing” et crédibilité : La pression pour afficher un bon score Taxonomie pourrait induire des risques de “greenwashing” si les déclarations ne sont pas étayées par des actions concrètes et des données vérifiables. La crédibilité de l’assureur est en jeu, et les régulateurs, à l’instar de l’ACPR, se montrent particulièrement vigilants sur ce point.

La Taxonomie se mue en un nouveau standard d’évaluation, à l’image du rating de crédit, mais appliqué à la durabilité.

Opportunités Stratégiques : De la Contrainte à l’Avantage Compétitif

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Si les défis sont nombreux, les groupes d’assurance ont également l’opportunité de transformer cette contrainte réglementaire en un avantage compétitif significatif.

Innovation Produit et Accès aux Capitaux Verts

La Taxonomie ouvre la voie à de nouvelles offres et à un accès privilégié aux marchés financiers durables.

  • Développement de produits alignés : Les assureurs peuvent concevoir et promouvoir des produits d’assurance-vie et d’épargne dont les sous-jacents sont explicitement alignés avec la Taxonomie. Cela répondra à la demande croissante des clientèles pour des placements responsables et aux exigences d’information liées à la SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) et à IDD (Insurance Distribution Directive). Imaginez des produits unit-linked dont les sous-jacents sont labellisés “Taxonomie Verte”.
  • Financement d’initiatives durables : En investissant dans des projets et entreprises alignés, les assureurs contribuent directement à la transition écologique. Ils peuvent ainsi renforcer leur image de marque et attirer des investisseurs institutionnels et particuliers soucieux de l’impact de leurs placements.
  • Accès aux “Green Bonds” et financement à taux préférentiels : Les assureurs bien alignés Taxonomie pourraient bénéficier de meilleures conditions d’emprunt ou d’investissement sur les marchés des capitaux durables, ou attirer des capitaux avec une pondération “verte” spécifique.

Ces opportunités placent l’assureur au carrefour de la transformation économique, faisant de lui un acteur clé du financement de la transition.

Renforcement de la Marque et Engagement des Parties Prenantes

Une stratégie Taxonomie robuste renforce la réputation de l’assureur et son dialogue avec toutes ses parties prenantes.

  • Différenciation et attractivité : Être perçu comme un acteur de premier plan de la finance durable, avec un reporting Taxonomie transparent et ambitieux, peut différencier un assureur sur un marché concurrentiel. Cela attire non seulement les clients, mais aussi les talents, de plus en plus sensibles aux engagements ESG de leur employeur.
  • Dialogue avec les régulateurs et les pouvoirs publics : Une bonne maîtrise de la Taxonomie permet d’engager un dialogue constructif avec les régulateurs et les législateurs, et potentiellement d’influencer l’évolution future des normes.
  • Gestion des risques de réputation : Investir dans des activités non-Taxonomie ou être accusé de “greenwashing” représente un risque de réputation important. L’alignement Taxonomie permet de mitiger ce risque et de construire une confiance durable.

La Taxonomie est, en essence, une nouvelle forme de devise de crédibilité dans le monde financier, que les assureurs avisés sauront capitaliser.

Perspectives 2025 et Au-Delà : Une Intégration Profonde et Inéluctable

CritèreDescriptionObjectif 2025Impact attenduGroupes d’assurance concernés
Alignement avec la Taxonomie EuropéenneConformité des activités d’assurance avec les critères environnementaux définis100% des produits d’assurance alignésRéduction des risques climatiques et amélioration de la durabilitéAssureurs vie, non-vie et réassureurs
Reporting ESGPublication régulière des données environnementales, sociales et de gouvernanceRapports trimestriels obligatoiresTransparence accrue et meilleure prise de décisionGroupes d’assurance cotés en bourse
Investissements durablesPortefeuille d’investissements aligné avec les objectifs climatiquesAu moins 50% des actifs investis dans des projets durablesContribution à la transition énergétiqueAssureurs avec gestion d’actifs intégrée
Formation et sensibilisationProgrammes internes pour former les employés aux enjeux de la taxonomie100% des collaborateurs formés d’ici 2025Meilleure intégration des critères ESG dans les processusTous les groupes d’assurance
Gestion des risques climatiquesIntégration des risques liés au changement climatique dans les modèles actuarielsModèles actualisés annuellementRéduction des pertes financières liées aux catastrophes naturellesAssureurs dommages et réassureurs

L’année 2025 n’est qu’une étape dans un cheminement plus large. La Taxonomie continuera d’évoluer et son intégration dans les stratégies d’assurance deviendra de plus en plus profonde.

Extension Potentielle et Convergence Réglementaire

Il est raisonnable d’anticiper une extension progressive de la Taxonomie.

  • “Taxonomie Sociale” : Des discussions sont déjà bien avancées pour l’élaboration d’une Taxonomie Sociale, qui classerait les activités économiques contribuant aux objectifs sociaux (égalité, travail décent, non-discrimination). Bien que les assureurs soient déjà actifs dans des domaines comme l’investissement d’impact social, son formalisme réglementaire imposerait de nouvelles exigences.
  • Nouvelles activités économiques : La Taxonomie est une “matrice dynamique”. De nouvelles activités pourraient être ajoutées ou les critères techniques de sélection mis à jour à mesure que la science évolue et que les technologies durables progressent.
  • Convergence avec d’autres réglementations : La Taxonomie ne vit pas en vase clos. Elle est intrinsèquement liée à la SFDR, à la CSRD, à Solvabilité II (via les risques ESG) et à la directive sur la durabilité des entreprises (CSDDD). La cohérence et l’interopérabilité entre ces textes sont cruciales pour éviter la surcharge réglementaire.

Cette évolution continue souligne l’importance d’une veille réglementaire constante et d’une capacité d’adaptation agile.

L’Impératif de la Gouvernance et de la Culture d’Entreprise

L’intégration réussie de la Taxonomie dépendra in fine de la gouvernance et de la culture d’entreprise.

  • Implication de la direction et du conseil d’administration : Le succès de la mise en œuvre de la Taxonomie repose sur un engagement clair et sans équivoque de la haute direction et du conseil d’administration. Les enjeux doivent être compris et des ressources (financières, humaines, technologiques) allouées en conséquence.
  • Formation des équipes : Une compréhension approfondie de la Taxonomie et de ses implications est nécessaire à tous les niveaux de l’organisation, des équipes d’investissement aux équipes financières, risk et compliance. Des programmes de formation continues sont indispensables.
  • Culture ESG intégrée : La Taxonomie doit cesser d’être perçue comme une simple “conformité” mais comme un pilier de la stratégie d’entreprise. Intégrer les considérations ESG dans l’ADN de l’assureur, dans ses processus de décision et dans sa politique de rémunération, est la clé d’une transition réussie.

Les assureurs qui embrasseront pleinement la Taxonomie, non comme une contrainte, mais comme un levier stratégique, seront les mieux positionnés pour prospérer dans la décennie à venir. Ils deviendront les bâtisseurs actifs d’une économie plus résiliente et durable, confirmant ainsi leur rôle central dans la société. La Taxonomie européenne est bien plus qu’une liste de critères ; c’est un miroir qui révèle la profondeur de l’engagement d’une institution financière envers un futur durable, et une boussole pour guider leurs investissements en 2025 et au-delà.

Signature éditoriale

Une lecture pensée pour les équipes assurance

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Après cette lecture

Transformer l’analyse en plan d’action

La valeur de l’article se joue dans la mise en œuvre : prioriser les irritants, cadrer les preuves attendues et donner aux équipes un pilotage simple à suivre.