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Articles et analyses

Conseil assurance

11 min de lecture

Climat : Benchmark pour les instituts de prévoyance face à modélisation catastrophe

Chers lecteurs, Le secteur de l'assurance et de la banque, déjà confronté à une myriade de défis réglementaires et technologiques, voit émerger avec une acuité particulière un risque existentiel : celui du changement climatique....

Photo Climat Benchmark
01 Comprendre le cadre

Repérer les obligations, les risques et les points d’attention métier.

02 Relier les équipes

Faire le lien entre conformité, opérations, data, SI et expérience client.

03 Passer à l’action

Identifier les chantiers où un renfort assurance peut sécuriser l’exécution.

Chers lecteurs,

Le secteur de l’assurance et de la banque, déjà confronté à une myriade de défis réglementaires et technologiques, voit émerger avec une acuité particulière un risque existentiel : celui du changement climatique. Pour les instituts de prévoyance (IP), dont la mission est d’assurer la protection sociale à long terme de leurs affiliés, l’intégration des risques climatiques n’est plus une simple considération éthique ou de réputation, mais une composante essentielle de leur gestion prudentielle et de leur pérennité. La confrontation entre la nécessité d’un benchmark robuste pour évaluer leur résilience climatique et la complexité inhérente à la modélisation des catastrophes naturelles liées au climat est au cœur de cette réflexion.

L’Impératif du Benchmark Climatique pour les Instituts de Prévoyance

Les instituts de prévoyance, de par la nature de leurs engagements à long terme, sont particulièrement exposés aux conséquences économiques et sociales du changement climatique. Leurs portefeuilles d’actifs, souvent investis sur des décennies, sont vulnérables aux dépréciations liées aux événements climatiques extrêmes, à la transition énergétique et aux nouvelles régulations. Leurs passifs, en termes de prestations santé ou invalidité, pourraient également être affectés par l’augmentation des pathologies liées à la pollution ou aux vagues de chaleur, ou par les conséquences socio-économiques des catastrophes.

La Mesure de l’Exposition aux Risques Physiques et de Transition

Un benchmark climatique efficace doit permettre aux IP de mesurer leur exposition aux deux principales catégories de risques climatiques : les risques physiques et les risques de transition.

  • Les risques physiques découlent directement des événements climatiques chroniques (montée des eaux, désertification) ou aigus (tempêtes, inondations, incendies). Pour un IP, cela peut se traduire par la dévaluation d’actifs immobiliers situés en zones inondables, par une baisse de la productivité des entreprises financées en zones agricoles touchées par la sécheresse, ou par une augmentation des sinistres en assurance-vie et santé liée à des catastrophes localisées. La difficulté réside dans la granularité de l’analyse : il ne suffit pas de savoir qu’il y a un risque, mais de quantifier son impact géographique et sectoriel sur les portefeuilles.
  • Les risques de transition sont liés à l’adaptation des économies vers une neutralité carbone. Cela inclut les changements réglementaires (taxe carbone, normes d’émissions), technologiques (innovation verte, obsolescence de technologies émettrices), de marché (demande pour des produits et services plus durables) et de réputation. Pour un IP, cela peut signifier la dépréciation d’investissements dans des entreprises fortement carbonées ou une augmentation des exigences de divulgation non-financière, impactant la valorisation de leurs placements. Le benchmark doit ici évaluer la “carbon footprint” des portefeuilles et leur alignement avec les scénarios de réchauffement climatique de l’Accord de Paris.

Les Attentes des Parties Prenantes

Outre la gestion interne des risques, les IP sont sous pression croissante de diverses parties prenantes.

  • Les régulateurs, tels que l’ACPR en France et l’EIOPA au niveau européen, intègrent progressivement les risques climatiques dans leurs cadres de supervision, notamment via des stress tests et des exigences de divulgation. Un benchmark permet de se positionner par rapport aux attentes réglementaires et d’anticiper les futures évolutions. C’est une boussole pour naviguer dans un océan normatif en pleine mutation.
  • Les assurés et affiliés sont de plus en plus sensibles aux questions environnementales et exigent une gestion responsable de leurs cotisations. Un IP qui démontre sa résilience au changement climatique renforce sa légitimité et son attractivité, fidélisant ainsi sa base d’affiliés. L’adoption d’un benchmark devient un gage de transparence et d’engagement.
  • Les agences de notation et les investisseurs institutionnels intègrent de plus en plus les critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) dans l’évaluation des actifs et des entités. Un bon positionnement dans un benchmark climatique peut améliorer l’attractivité des IP sur les marchés financiers, leur permettant d’accéder à de meilleures conditions de financement ou d’attirer des investissements “verts”. C’est un véritable outil de valorisation stratégique.

La Complexité de la Modélisation des Catastrophes Naturelles liées au Climat

Si le besoin d’un benchmark est clair, sa construction se heurte à des défis épistémologiques et techniques majeurs, notamment en ce qui concerne la modélisation des catastrophes naturelles (cat nat) liées au climat. Ces événements, par leur nature stochastique, leur intensité croissante et leur impact systémique, sont les leviers d’un risque dont le maniement est délicat.

Les Limites des Modèles Actuariels Traditionnels

Les modèles actuariels traditionnellement utilisés par les assureurs pour les risques cat nat se basent sur des séries historiques de données. Or, le changement climatique rompt avec ces schémas passés.

  • La Non-Stationnarité des Séries Temporelles : Les événements climatiques passés ne sont plus des prédicteurs fiables des événements futurs. La fréquence et l’intensité des inondations, sécheresses, tempêtes et incendies de forêt évoluent sous l’effet du réchauffement climatique. Se fier au passé, c’est comme conduire en regardant uniquement dans le rétroviseur alors que la route devant nous est parsemée de nouveaux obstacles et de virages inattendus. Les modèles doivent intégrer des projections climatiques sophistiquées plutôt que de simples extrapolations historiques.
  • L’Incidence des “Tails Risks” : Le changement climatique augmente la probabilité de “risques de queue”, c’est-à-dire d’événements extrêmes et rares ayant des conséquences financières catastrophiques. Ces événements sont par définition mal représentés dans les données passées et sont difficiles à calibrer avec une précision satisfaisante. Les modèles doivent être capables de simuler des scénarios d’une sévérité inédite et d’évaluer leur impact sur la solvabilité des IP.

L’Intégration des Scénarios Climatiques Atypiques

Pour pallier ces limites, la modélisation doit intégrer des scénarios climatiques prospectifs, comme ceux développés par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat) ou la Network for Greening the Financial System (NGFS).

  • Scénarios de Réchauffement Sévère versus Scénarios d’Atténuation : Il s’agit d’analyser l’impact de différents parcours d’émissions de gaz à effet de serre (GES), allant d’un scénario dit “business as usual” avec un réchauffement important (par exemple, +4°C) à un scénario de transition rapide vers une économie bas-carbone (+1.5°C). Chaque scénario induit des risques physiques et de transition différents, dont les implications pour les portefeuilles des IP doivent être évaluées. Un IP doit être en mesure de comprendre comment ses actifs et passifs se comportent dans ces mondes potentiels, dont la trajectoire dépend des choix collectifs et individuels de la société.
  • La Dynamique Spatiale et Temporelle : Les modèles de cat nat doivent intégrer la dimension spatiale des risques (zones côtières, bassins fluviaux, massifs forestiers) et leur évolution temporelle. Une modélisation statique est insuffisante ; il faut une approche dynamique qui tienne compte de l’évolution des vulnérabilités (urbanisation en zones à risque, vieillissement des infrastructures) et de la progression des impacts climatiques sur plusieurs décennies. C’est une grille de lecture en 4D, où le temps et l’espace sont des variables clés et non de simples constantes.

Le Défi de l’Interconnectivité des Risques

Le changement climatique ne génère pas des risques isolés, mais des chaînes complexes d’événements et d’impacts, souvent non-linéaires et systémiques.

  • Effets Domino : Une catastrophe naturelle peut déclencher d’autres risques. Par exemple, une sécheresse prolongée peut entraîner des incendies de forêt, qui eux-mêmes provoquent des inondations boueuses lors des pluies suivantes, perturbant l’approvisionnement en eau, l’agriculture et l’économie locale. Les modèles doivent être capables de saisir ces interdépendances, plutôt que de traiter chaque risque de manière cloisonnée. Nous sommes face à un gigantesque puzzle dont les pièces s’influencent mutuellement.
  • Impacts Socio-Économiques Indirects : Au-delà des dommages directs aux biens et aux personnes, les catastrophes climatiques ont des répercussions sociales et économiques profondes : déplacements de populations, baisse de la production agricole, dégradation de la santé publique, instabilité politique. Ces éléments peuvent impacter la capacité des affiliés à cotiser ou la nécessité d’accroître les prestations. La modélisation doit tenter d’intégrer ces externalités complexes, même si leur quantification est un défi majeur.

L’Établissement du Benchmark : Entre Pragmatisme et Ambition

Face à la complexité de la modélisation, l’établissement d’un benchmark pour les IP nécessite une démarche à la fois pragmatique – pour être opérationnel rapidement – et ambitieuse – pour capter l’intégralité du risque.

Scénarios Homogènes et Cadre de Divulgation Comparatif

Pour que les résultats soient comparables entre IP, il est impératif d’utiliser des scénarios climatiques standardisés.

  • Centralisation des Scénarios : Des institutions comme la NGFS ou l’EIOPA fournissent des jeux de scénarios pertinents. L’adoption de ces scénarios communs permet d’assurer une base comparable pour l’évaluation des risques et d’éviter un “patchwork” de méthodologies hétérogènes. C’est le socle commun sur lequel toute comparaison doit s’ériger.
  • Cadre de Divulgation Standardisé : Un benchmark implique également un cadre de reporting harmonisé, spécifiant les métriques à reporter (empreinte carbone des portefeuilles, exposition aux zones à risque physique, proportion d’investissements verts, etc.) et les modalités de leur calcul. Cela permettra aux régulateurs, aux analystes et aux parties prenantes de comparer la performance climatique des IP et d’identifier les meilleures pratiques.

L’Apport des Données Granulaires et de l’Intelligence Artificielle

La qualité du benchmark dépendra largement de la finesse des données disponibles et des outils d’analyse.

  • Données Géo-spatiales et Secteurielles : Pour les risques physiques, une cartographie précise de l’exposition des actifs par rapport aux zones à risque climatique est essentielle. Cela nécessite des données géo-spatiales très granulaires, couplées à des informations sur la typologie des bâtiments, des infrastructures et l’activité économique des zones concernées. On ne peut pas évaluer des arbres sans connaître la forêt.
  • L’Intelligence Artificielle et le Machine Learning : Ces technologies peuvent aider à traiter d’énormes volumes de données non structurées (textes de rapports, images satellites) et à identifier des patterns complexes dans les données climatiques et économiques. Elles peuvent également améliorer la capacité des modèles à anticiper les “points de bascule” ou les évènements extrêmes, en détectant des signaux faibles qui échapperaient à une analyse humaine. C’est un décodeur puissant pour un code climatique de plus en plus complexe.

Le Rôle Central de la Collaboration Inter-Institutions

La complexité des défis climatiques appelle à une approche collaborative.

  • Partage de Meilleures Pratiques : Les IP, ainsi que les assureurs et banques, ont intérêt à collaborer pour partager leurs expériences, leurs méthodologies de modélisation et leurs cadres de reporting. Des forums de discussion et des groupes de travail peuvent accélérer l’apprentissage collectif. Nul n’est une île face à la marée montante.
  • Développement de Modèles Mutualisés : La R&D en matière de modélisation climatique est coûteuse. La création de plateformes de modélisation mutualisées, ou le recours à des prestataires spécialisés mutualisant leurs efforts, pourrait être une solution pour optimiser les coûts et améliorer la qualité des outils. Une force collective est plus résiliente qu’une somme de forces isolées.

L’Évolution du Cadre Réglementaire : Vers des Exigences Accrues

Les régulateurs, conscients des risques systémiques que représente le changement climatique, sont en première ligne pour pousser les institutions financières à l’action. Le benchmark s’inscrit pleinement dans cette dynamique.

Les Stress Tests Climatiques de l’ACPR et de l’EIOPA

L’ACPR et l’EIOPA ont déjà initié des exercices de stress tests climatiques.

  • Tests de Sensibilité et Scénarios Prospectifs : Ces tests visent à évaluer la vulnérabilité des portefeuilles des institutions financières à différents scénarios climatiques. Ils forcent les IP à développer des capacités de modélisation et de reporting adaptées à ces risques. Pour l’instant, ces exercices sont souvent exploratoires, mais on peut anticiper une intégration progressive des résultats dans les exigences prudentielles.
  • Développement d’une Culture du Risque Climatique : Au-delà de l’exercice technique, ces stress tests contribuent à sensibiliser les conseils d’administration et les directions générales à l’importance stratégique du risque climatique. Ils catalysent le développement d’une véritable culture du risque climatique au sein des organisations.

L’Intégration des Risques Climatiques dans Solvabilité II

Le cadre réglementaire Solvabilité II, qui régit les assureurs et réassureurs européens, mais dont les principes peuvent éclairer les IP, est en pleine révision pour mieux intégrer les risques climatiques.

  • Piliers 1 et 2 : Des discussions sont en cours pour déterminer si et comment les risques climatiques peuvent être intégrés dans le calcul des exigences de capital (Pilier 1) et dans le processus d’évaluation interne des risques et de la solvabilité (ORSA, Pilier 2). Un benchmark solide pourrait fournir des données d’entrée pertinentes pour ces intégrations.
  • Pilier 3 (Divulgation) : Les exigences de divulgation sur les risques climatiques sont déjà en augmentation et vont continuer de se renforcer, par exemple via la Directive sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD). Les IP devront être en mesure de communiquer de manière transparente sur leur exposition et leur gestion des risques climatiques, ce qui sera grandement facilité par l’utilisation d’un benchmark.

Stratégies d’Adaptation et d’Atténuation pour les Instituts de Prévoyance

Le benchmark n’est pas une fin en soi, mais un outil permettant aux IP de piloter leurs stratégies d’adaptation et d’atténuation.

Redéfinition des Stratégies d’Investissement

Les résultats du benchmark doivent orienter les décisions d’investissement des IP.

  • Désinvestissement et Réinvestissement : Les IP pourraient être amenés à se désengager d’actifs à forte intensité carbone (entreprises fossiles) ou d’actifs immobiliers fortement exposés aux risques physiques. Parallèlement, ils augmenteront leurs investissements dans des actifs “verts” (énergies renouvelables, infrastructures résilientes, entreprises à faible empreinte carbone) et dans ce qu’on appelle la finance à impact. C’est un mouvement de balancier nécessaire pour rééquilibrer le portefeuille face aux nouvelles réalités.
  • Intégration ESG Systématique : L’intégration des critères ESG à toutes les étapes du processus d’investissement doit devenir la norme, et non l’exception. Cela implique une analyse approfondie des risques et opportunités climatiques de chaque investissement.

Adaptation des Produits et Services

Les IP devront également réfléchir à l’adaptation de leurs produits et services pour répondre aux besoins d’un monde en transition.

  • Prévention des Risques Santé Liés au Climat : Les IP pourraient développer des offres de prévention ciblées sur les risques de santé liés au changement climatique (maladies respiratoires dues à la pollution, coups de chaleur, propagation de maladies vectorielles).
  • Couverture de Risques Émergents : L’émergence de nouveaux risques ou l’aggravation de risques existants pourrait nécessiter l’adaptation des garanties existantes ou la création de nouveaux produits d’assurance et de prévoyance.

En conclusion, chers lecteurs, le benchmark climatique pour les instituts de prévoyance est un chantier colossal, mais incontournable. Il représente simultanément un défi technique et réglementaire, mais aussi une opportunité stratégique majeure. Les institutions qui parviendront à développer une compréhension robuste de leurs risques climatiques, et à intégrer cette connaissance dans leur cœur de métier, seront les plus résilientes face aux turbulences à venir. Elles seront à la fois des garants de la protection sociale et des acteurs responsables de la transition écologique, démontrant ainsi la pertinence de leur modèle dans un monde en mutation accélérée. C’est à la fois une tâche de titan et une boussole essentielle pour la traversée d’une mer aux vagues de plus en plus puissantes.

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